Faire les idiots avec sérieux : serait-ce cela, être japonais ? Un nouveau sport qui conquiert le monde.

 

On dit souvent des Japonais qu’ils sont sérieux. Ce que l’on dit moins, c’est qu’ils savent aussi être parfaitement sérieux… quand ils font les imbéciles.
Connaissez-vous l’« Isu-1 Grand Prix », littéralement le Grand Prix des chaises de bureau ? Une idée née au Japon, tellement absurde qu’elle en devient géniale — et qui fait aujourd’hui rire le monde entier.

Le Isu-1 Grand Prix est né dans une petite rue commerçante de Kyoto. Le principe ? Pendant deux heures, les équipes doivent parcourir en boucle les rues du quartier… assises sur de simples chaises de bureau à roulettes, avec dossier, telles qu’on les trouve dans n’importe quelle entreprise.
Celui qui effectue le plus grand nombre de tours l’emporte. Rien de plus simple.

Simple, vraiment ?
Pour les participants, l’effort est considérable. Mais pour les chaises, conçues pour glisser docilement sur le sol lisse d’un open space et non pour dévaler l’asphalte pendant deux heures, c’est un véritable supplice mécanique — une course d’endurance impitoyable.

Les règles sont minimalistes :
– obligation d’utiliser une chaise de bureau avec dossier, vendue dans le commerce ;
– aucune modification autorisée ;
– équipes de trois ;
– casque, gants et protections pour les genoux obligatoires.

Autant dire qu’à peu près tout le monde peut participer.

Les roulettes en plastique des chaises produisent, sur l’asphalte, un vacarme assourdissant. Pourtant, le fracas est couvert par les clameurs du public. L’ambiance est électrique.

Et c’est là que le sérieux japonais entre en scène.

Des équipes d’entreprises prennent part à la compétition. Parmi elles, le géant du mobilier de bureau KOKUYO. Fabricant et distributeur de bureaux et de sièges, KOKUYO voit dans cette course un terrain d’expérimentation grandeur nature.
La chaise idéale ? Celle qui glisse vite, tient la distance… et ne se brise pas.

Pour l’entreprise, l’enjeu est comparable à celui des constructeurs automobiles engagés en Formule 1 : prouver la supériorité de leur technologie.
Ici aussi, il s’agit d’une bataille qu’on ne peut pas se permettre de perdre.

KOKUYO est allé jusqu’à créer une page spéciale pour les participants : conseils pour choisir la meilleure chaise, pièces de rechange pour roulettes cassées à l’entraînement, analyses détaillées du « bolide » le plus performant — oui, nous parlons bien d’une chaise…

En 2019, l’équipe KOKUYO a même été sacrée championne du monde.
N’est-ce pas admirable, cette capacité à traiter l’absurde avec un professionnalisme total ?
Des fous attachants, en somme.

Partie d’une simple rue commerçante, la course s’est répandue dans tout le Japon, puis à l’étranger grâce aux médias internationaux.
En 2017, une édition a été organisée à Taïwan. Aujourd’hui, des compétitions ont lieu à Taïwan, en Malaisie et à Singapour.

Pourquoi ne pas lancer la course dans votre ville ?
Le budget est étonnamment modeste, et l’enthousiasme garanti. L’organisateur, Japan Office Chair Racing Association (JORA), propose un accompagnement aux candidats intéressés.

Peut-être verrons-nous un jour cette discipline aux Jeux olympiques.… ou pas.

Mais après tout, qui aurait parié sur le destin mondial d’une simple chaise de bureau lancée à toute vitesse dans les rues de Kyoto ?

ABE KENGO

Traduction: LINALE-WATAYA Julika

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