« Je mettrai fin à cet enfer » : la femme qui a ouvert la voie à la première génération de médecins japonaises

« Je mettrai fin à cet enfer. »

C’est avec cette détermination que l’une des femmes les plus remarquables de l’histoire du Japon a changé le cours des choses.

Derrière cette phrase d’une force saisissante se cache un destin marqué par la souffrance, l’injustice et le courage. Que s’est-il passé dans la vie de cette femme pour nourrir une telle résolution ?

Son nom était Ogino Ginko.

Née en 1851, à la toute fin de l’époque des samouraïs, dans l’actuelle préfecture de Saitama, rien ne la prédestinait à devenir une pionnière. Elle grandit dans une famille aisée et mène une existence relativement ordinaire. En 1868, elle épouse un homme issu d’un milieu fortuné.

C’est alors que commence son calvaire.

Peu après son mariage, son état de santé se dégrade. Les examens révèlent qu’elle souffre de la gonorrhée, une maladie sexuellement transmissible. À l’époque, les connaissances médicales sont limitées, mais une chose est claire : son unique partenaire étant son mari, la contamination ne peut provenir que de lui.

Les conséquences sont dramatiques.

La maladie la rend stérile. Lorsqu’il devient évident qu’elle ne pourra pas avoir d’enfant, son époux lui signifie qu’elle n’a plus d’utilité à ses yeux et demande le divorce.

Pour la jeune femme, la souffrance ne s’arrête pas là.

Elle poursuit de longs traitements dans l’espoir de guérir. Mais à cette époque, seuls des hommes exercent la médecine. Chaque consultation l’oblige à subir l’humiliation de dévoiler son intimité devant des médecins masculins. Malgré ces épreuves, son état ne s’améliore pas.

Son désespoir est immense.

Dans le Japon de la seconde moitié du XIXe siècle, de nombreuses femmes atteintes de maladies gynécologiques ou vénériennes préfèrent parfois renoncer aux soins plutôt que de subir de tels examens. Certaines choisissent même la mort plutôt que cette humiliation.

Face à cette réalité, Ogino Ginko prend une décision qui va bouleverser l’histoire :

devenir médecin.

Le Japon entre alors dans l’ère Meiji et se modernise rapidement. Pourtant, les opportunités professionnelles offertes aux femmes restent extrêmement limitées. La profession médicale leur est totalement fermée.

Ogino Ginko frappe à toutes les portes.

Lorsqu’elle sollicite les autorités médicales, sa demande est rejetée au motif qu’aucun précédent n’existe. Certains responsables vont même jusqu’à affirmer que « le cerveau des femmes n’est pas adapté aux études médicales ».

Mais elle refuse d’abandonner.

Après avoir consacré plus d’une décennie à ses études et à son combat, elle obtient enfin gain de cause. À l’âge de trente-quatre ans, elle devient la première femme officiellement diplômée et autorisée à exercer la médecine au Japon.

Une victoire historique.

Cependant, le plus difficile reste à venir.

Une grande partie de la population se méfie encore d’une femme médecin. Les préjugés sont tenaces et les patients peu nombreux.

À trente-neuf ans, elle prend alors une décision radicale : quitter tout ce qu’elle connaît et partir pour Hokkaidō, la grande île du nord.

Dans ces territoires encore rudes et peu développés, elle consacre son énergie à soigner les plus démunis. Souvent gratuitement, elle apporte son aide à ceux qui n’ont ni moyens financiers ni accès aux soins.

Plus tard, elle se remarie et trouve auprès de son second mari un soutien précieux dans son combat contre les discriminations de son époque. Mais le destin la frappe une nouvelle fois lorsque celui-ci décède avant elle.

Malgré les épreuves, Ogino Ginko poursuit son œuvre jusqu’à la fin de sa vie.

Elle continue de lutter contre sa propre maladie, de soigner les plus pauvres et de défendre la place des femmes dans la société japonaise.

Elle s’éteint à l’âge de soixante-deux ans.

Son héritage dépasse largement sa carrière médicale.

En devenant la première femme médecin du Japon, elle a ouvert une porte jusque-là verrouillée. Une porte qui permettra à des générations de femmes d’accéder à des professions dont elles étaient exclues.

Elle a contribué à élargir l’horizon des femmes japonaises et à remettre en question des barrières considérées comme immuables.

Aujourd’hui, au Japon, les femmes exercent dans tous les domaines professionnels et choisissent librement leur parcours. Cette évolution est le fruit de nombreux combats.

Celui d’Ogino Ginko en fait incontestablement partie.

Son histoire rappelle qu’une seule personne, portée par une conviction inébranlable, peut parfois changer le destin de toute une société.

ABE KENGO
Traduction : LINALE-WATAYA Julika

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