Le taiyaki a-t-il été inventé pour les gens impatients ?

À la fin de l’époque des samouraïs, durant la paisible époque d’Edo, la capitale Edo (l’actuelle Tokyo) était réputée pour le tempérament explosif de ses habitants.

On appelait ces citadins au sang chaud les Edokko, les « enfants d’Edo » : des personnes promptes à s’emporter, à parler sèchement et à se disputer pour un rien.

 

Les Edokko, ces grandes gueules attachantes

J’ai moi-même grandi dans la partie est de Tokyo, l’ancienne Edo.
On y trouvait encore des personnes qu’on appelait Edokko — ma grand-mère en faisait partie.

Un langage très direct, parfois brutal.
Au point que quelqu’un venu d’une autre région aurait pu se demander :
« Mais pourquoi cette personne est-elle en colère ? »
Même quand elle ne l’était pas.

Les disputes étaient fréquentes.
Mais ces personnages hauts en couleur ont aussi donné naissance à des coutumes étonnantes.

 

Les noren sales des restaurants de sushi

Prenons le noren, ce rideau en tissu suspendu à l’entrée des restaurants.

Une étrange légende voulait que plus le noren d’un restaurant de sushi était sale, plus l’établissement était bon.

Pourquoi ?

À l’époque, les sushis se mangeaient avec les doigts.
Les mains devenaient grasses.

Que faisaient alors les Edokko en sortant ?
Au lieu de se laver les mains — trop long, trop fastidieux — ils les essuyaient directement sur le noren en quittant le restaurant.

Résultat : plus le rideau était sale, plus cela signifiait qu’il y avait eu de clients.
Donc plus le restaurant était populaire.
On évitait donc de le laver.

(Avouez que pour un pays réputé pour son obsession de la propreté, c’est paradoxal…)

 

La naissance du taiyaki

Autre création attribuée à cet esprit impatient : le taiyaki.

À l’origine existait une pâtisserie ronde appelée ōbanyaki : une pâte à base de farine garnie d’anko (pâte de haricot rouge sucrée).

Délicieuse, mais pas très pratique à manger sans se salir.

Des artisans auraient alors imaginé une forme plus fonctionnelle :
un poisson, plus précisément une dorade (tai), dont la queue servirait de poignée.

Ainsi serait né le Taiyaki.

À ses débuts, la queue ne contenait pas de garniture — justement pour pouvoir la tenir sans se salir.
Une invention à la fois pratique et esthétique.

Et que faisait-on de la queue une fois le reste mangé ?
On la donnait aux chiens errants, dit-on.

 

Et pourquoi pas un sushi avec une “manche”?

On pourrait se demander, dès lors, s’il n’eût pas fallu munir aussi les sushi d’une sorte de manche pour les tenir sans se salir les doigts. Bonne question, mais apparemment, personne n’a réussi à concevoir un modèle convaincant.

 

Les disputes rapides des Edokko pouvaient être amusantes à observer, mais pas toujours faciles à gérer.
Et malgré toutes ces anecdotes…

Lavez-vous les mains !

N’allez pas imiter ce genre de « tradition » japonaise.

 

ABE KENGO

Traduction : LINALE-WATAYA Julika

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