Dragon Ball : quand le succès empêche de tourner la dernière page

Tout le monde connaît Dragon Ball, l’un des mangas et animes les plus populaires de l’histoire.

Pourtant, malgré l’immense succès de la série et sa longévité exceptionnelle, son créateur, Akira Toriyama, ne souhaitait apparemment pas la faire durer aussi longtemps.

Alors, que s’est-il réellement passé dans les coulisses ?

Plongeons dans l’envers du décor du manga et de l’animation japonaise, là où la création artistique rencontre parfois les impératifs du monde des affaires.

Une histoire qui aurait dû s’arrêter bien plus tôt

Dragon Ball raconte les aventures de Son Goku, un jeune garçon parti à la recherche des sept Dragon Balls.

Comme son titre l’indique, la quête de ces boules de cristal constituait à l’origine le cœur de l’histoire.

Une fois les sept Dragon Balls réunies, le récit devait tout simplement prendre fin.

Mais l’équipe éditoriale de la maison d’édition ne l’entendait pas de cette manière.

Le manga paraissait chaque semaine dans un magazine à très fort tirage et rencontrait un succès considérable.

Or, mettre fin à une série aussi populaire signifiait prendre le risque de voir les lecteurs cesser d’acheter le magazine.

Le raisonnement était simple : « Ne nous arrêtez pas cette série ! »

Le premier grand point où Toriyama aurait souhaité mettre un terme à l’aventure arriva après la défaite de Piccolo Daimaō, l’un des premiers grands adversaires de Goku.

Mais là encore, pas question de conclure.

Goku grandit, l’histoire continue et de nouveaux combats apparaissent.

Puis vient le tournoi, suivi du mariage de Goku.

Tout semblait enfin réuni pour offrir une conclusion parfaite.

Et pourtant… l’histoire ne s’arrête toujours pas.

La scène possède même tous les ingrédients d’un véritable dernier épisode.

Mais sur la dernière page, Tortue Géniale lance en substance :

« Ce n’est pas encore la fin ! Ça va encore continuer un peu ! »

Difficile de trouver une image plus parlante du destin de cette série.

Ce qui devait n’être qu’une courte prolongation allait finalement durer encore des années.

Et, pour être tout à fait précis, l’histoire allait même continuer à vivre bien après la disparition de son créateur.

Toujours une nouvelle bataille

Toriyama semble avoir cherché à construire des conclusions cohérentes pour chacune des grandes parties de son récit.

Après la bataille sur Namek, notamment, il aurait eu le sentiment d’avoir épuisé ses ressources créatives et de ne plus pouvoir imaginer de combats allant au-delà de celui-ci.

Mais Dragon Ball devait continuer.

Puis arrivent les cyborgs.

À l’origine, Toriyama avait imaginé seulement les cyborgs numéro 19 et numéro 20.

Mais la réaction de son éditeur aurait été immédiate :

« Quoi ? Il n’y a que le gros et le vieux ?! »

Il lui aurait alors fallu revoir ses plans et créer deux nouveaux personnages, un jeune homme et une jeune femme à l’apparence beaucoup plus séduisante.

Mais nouvelle objection :

« Maintenant, ce sont des enfants ! Ça ne va pas. »

Toriyama imagine alors Cell.

Mais là encore, son apparence ne convainc pas totalement.

« Il n’est pas très élégant… Il va évidemment se transformer, n’est-ce pas ? »

Nouvelle transformation.

Mais cette fois encore, le résultat est jugé peu convaincant, voire ridicule.

Alors une nouvelle transformation est imaginée.

Et encore une autre.

Jusqu’à parvenir finalement à l’apparence du personnage que l’équipe éditoriale juge suffisamment réussi pour être validé.

Aujourd’hui, cela peut prêter à sourire.

Mais pour le créateur, devoir sans cesse modifier son histoire et ses personnages pour répondre aux demandes éditoriales devait certainement être épuisant.

Le « Z » comme dernier cri

Le succès, lui, ne faiblit pas.

La série animée change même de titre en cours de route pour devenir Dragon Ball Z.

Un choix particulièrement symbolique lorsqu’on sait que la lettre Z est la dernière de l’alphabet.

Comme si, derrière ce nouveau titre, se cachait un dernier message :

« Cette fois, j’aimerais vraiment que ce soit la fin. »

Et pourtant, ce ne fut évidemment pas la fin.

Avec le recul, la performance de Toriyama est d’autant plus impressionnante.

Il a dû intégrer constamment de nouveaux éléments qu’il n’avait pas nécessairement prévus à l’origine, sans pour autant laisser son histoire s’effondrer.

Maintenir la cohérence et la puissance narrative d’une œuvre dans de telles conditions relève d’un véritable tour de force.

À l’opposé : One Piece

À l’exact opposé de cette méthode de création se trouve une autre œuvre japonaise mondialement populaire : One Piece.

Son auteur, Eiichiro Oda, est réputé avoir imaginé dès le départ l’architecture générale de son histoire et sa conclusion.

À mesure que le récit approche de sa dernière partie, les lecteurs peuvent d’ailleurs constater que de nombreux éléments introduits dans les premiers chapitres trouvent aujourd’hui leur justification.

En revenant aux premiers épisodes du manga ou de l’anime, on découvre ainsi relativement peu de contradictions avec les événements actuels.

Une prouesse qui mérite elle aussi d’être soulignée.

Quand la création rencontre le business

Les mangas et les animes ne sont pas uniquement des œuvres artistiques.

Ce sont aussi de gigantesques industries.

Derrière chaque série existent des éditeurs, des magazines, des chaînes de télévision, des produits dérivés, des contrats et, surtout, des millions de lecteurs et de spectateurs.

Un créateur ne peut donc pas toujours faire exactement ce qu’il souhaite.

C’est aussi cela, l’envers du décor de Dragon Ball.

Alors, la prochaine fois que vous regarderez Goku partir pour un nouveau combat, pourquoi ne pas essayer de voir la série avec un autre regard ?

Derrière les combats, les transformations et les aventures se cache peut-être une autre histoire : celle d’un créateur qui voulait parfois tourner la dernière page… mais que le succès de son œuvre empêchait de refermer le livre.

ABE KENGO

Traduction : LINALE-WATAYA Julika

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