Huîtres françaises ou huîtres japonaises : lesquelles sont les meilleures ? La réponse pourrait vous surprendre…
Un verre de vin blanc et quelques huîtres fraîches : voilà un plaisir qui traverse les frontières. En France, mais aussi dans une grande partie de l’Europe, les huîtres françaises occupent une place privilégiée sur les tables de fête comme dans les bistrots du littoral. Je les apprécie moi-même particulièrement dégustées crues, lorsque leur saveur iodée s’exprime pleinement.
L’histoire raconte que Louis XIV était capable d’en consommer jusqu’à deux cents en un seul repas. Avec le développement des techniques d’élevage et de conservation, ce mets autrefois réservé à une élite est progressivement devenu accessible au plus grand nombre. L’existence même d’une fourchette spécialement conçue pour les huîtres témoigne de l’attachement des Français à ce coquillage d’exception.
Aujourd’hui encore, la France demeure le premier producteur européen, assurant près de 75 % de la production continentale.
Au Japon également, l’huître est élevée dans de nombreuses régions. Si elle entre dans la composition de plats emblématiques tels que les huîtres panées ou les fondues hivernales, elle est avant tout appréciée dégustée crue, dans sa plus simple expression.
Chaque région possède ses variétés et ses particularités gustatives. Mais selon vous, entre les huîtres françaises et les huîtres japonaises, lesquelles remportent la palme ?
La réponse est étonnante : plus de 90 % des huîtres commercialisées aujourd’hui en France sont en réalité issues d’une variété japonaise.
Jusqu’au milieu du XXe siècle, la France élevait principalement une espèce locale appelée « creuse ». Mais dans les années 1960 et 1970, cette huître traditionnelle fut décimée par des maladies qui frappèrent durement les élevages français. Face à cette crise sans précédent, la filière dut rechercher, aux quatre coins du monde, une variété capable de prendre le relais.
C’est alors que le choix se porta sur l’huître creuse du Pacifique, élevée dans la préfecture japonaise de Miyagi. Cette variété présentait une résistance naturelle aux maladies qui avaient ravagé les élevages français. Des naissains furent ainsi acheminés par avion jusqu’en France, où ils s’adaptèrent parfaitement aux côtes atlantiques.
Grâce à cette initiative, l’ostréiculture française put être sauvée.
L’histoire, cependant, ne s’arrête pas là.
En 2011, le grand séisme et le tsunami qui frappèrent le nord-est du Japon dévastèrent également la préfecture de Miyagi, berceau de ces fameuses huîtres du Pacifique. Les installations ostréicoles furent emportées par les vagues et l’avenir de nombreuses exploitations sembla compromis.
Cette fois-ci, ce furent les ostréiculteurs français qui répondirent présents.
Des professionnels bretons, dont l’activité avait autrefois été sauvée grâce au soutien venu de Miyagi, décidèrent d’apporter leur aide au Japon. Matériel, équipements et soutien financier furent envoyés afin de permettre aux producteurs japonais de reconstruire leurs exploitations.
Grâce à cette solidarité, l’ostréiculture de Miyagi renaquit.
Quarante-cinq ans après avoir secouru la France, le Japon recevait à son tour le soutien de ceux qu’il avait aidés.
Une histoire d’entraide, de mémoire et de gratitude, tissée autour d’un simple coquillage.
Dans un monde marqué par les conflits, cette relation entre la France et le Japon rappelle que la culture gastronomique peut devenir un puissant vecteur de rapprochement entre les peuples. Le goût des bonnes choses est un langage universel.
Si vous avez l’occasion de visiter le Japon, pourquoi ne pas découvrir les huîtres de Miyagi en pensant à cette histoire qui unit les deux pays ?
Le Japon possède d’ailleurs une remarquable diversité d’huîtres selon les régions et les saisons.
L’huître évoquée dans cet article est la « magaki », ou huître creuse du Pacifique, dont la meilleure période de dégustation s’étend de décembre à avril. Durant l’été, de juin à août, ce sont les huîtres rocheuses, appelées « iwagaki », qui sont à l’honneur.
Plus charnues et plus délicates, elles offrent une saveur plus légère et plus fraîche que les huîtres creuses traditionnelles. Une autre manière de découvrir la richesse de l’ostréiculture japonaise.
En dégustant une huître aujourd’hui, peut-être lèverons-nous notre verre à ce coquillage qui, bien au-delà des océans, a su rapprocher deux nations.
ABE KENGO
Traduction : LINALE-WATAYA Julika

