Les deux labyrinthes souterrains de Tokyo : et si la force de la capitale japonaise se cachait sous terre ?
Tokyo est l’une des métropoles les plus densément peuplées au monde.
Sous cette immense ville se cachent deux véritables labyrinthes souterrains. Deux infrastructures gigantesques qui illustrent à leur manière la puissance et l’ingéniosité de la capitale japonaise.
Le canal souterrain de décharge des crues : un véritable donjon sous la ville
Cela ressemble à un décor de jeu vidéo.
Cette installation souterraine monumentale, où l’on s’attendrait presque à voir surgir des monstres, est normalement inaccessible au public.
Située à 50 mètres sous terre, elle s’étend sur plus de 6,3 kilomètres de longueur.
Il s’agit du Canal souterrain de décharge des crues de la région métropolitaine de Tokyo, un immense ouvrage destiné à détourner les eaux des rivières lors des fortes pluies afin de prévenir les inondations.
Sa capacité totale atteint environ 670 000 m³.
Je suis né à Tokyo et j’ai grandi dans un quartier situé sous le niveau de la mer. Historiquement, cette zone a souvent subi des inondations.
Depuis la mise en service de cette infrastructure, les dégâts liés aux crues ont considérablement diminué.
L’endroit est parfois surnommé le « temple souterrain » tant ses dimensions sont impressionnantes.
Et fait assez typiquement japonais : bien qu’il s’agisse d’un équipement de secours destiné aux situations d’urgence, il est entretenu avec un soin exemplaire et peut être visité dans le cadre de visites guidées.
On pourrait presque dire qu’ils en font un peu trop…
Des centres commerciaux souterrains gigantesques
Le deuxième labyrinthe est tout aussi impressionnant.
Tokyo possède l’un des réseaux de métro les plus vastes et les plus fréquentés du monde.
Mais ce qui rend les déplacements encore plus pratiques, ce sont les immenses galeries commerciales souterraines reliées aux stations.
Autour de la gare de Tokyo, plusieurs réseaux de passages s’entrecroisent. Un autre ensemble majeur s’étend sous les environs de la gare de Shinjuku.
Au total, les espaces commerciaux souterrains de Tokyo couvrent environ 226 000 m².
Des infrastructures comparables existent également à Osaka, ainsi que dans des villes comme Fukuoka ou Sendai.
Prenez par exemple le quartier d’affaires d’Ōtemachi.
Sur les cartes du secteur, les zones en bleu représentent les passages souterrains.
À première vue, l’ensemble paraît presque incompréhensible tant les connexions entre stations, immeubles et galeries sont nombreuses.
L’un des aspects les plus intéressants est la répartition des usages entre la surface et le sous-sol.
En surface dominent les immeubles de bureaux.
Sous terre, ce sont les restaurants, cafés et commerces qui occupent l’espace, créant une sorte de rue commerçante géante protégée des intempéries.
Un excellent exemple d’optimisation d’un foncier limité.
Se perdre… bientôt impossible ?
Même les habitants de Tokyo ne maîtrisent pas entièrement ces réseaux souterrains.
Mais pouvoir se déplacer à l’abri de la chaleur estivale, du froid hivernal ou de la pluie constitue un confort inestimable.
Le problème, c’est que l’on aimerait parfois disposer d’un GPS pour s’y retrouver.
Or les signaux satellites peinent à pénétrer sous terre.
Pour résoudre cette difficulté, le Japon développe actuellement des systèmes de géolocalisation intérieure (Indoor Positioning System).
Le principe consiste à combiner les données du GPS avec celles des antennes de téléphonie mobile, des bornes Wi-Fi et d’autres équipements installés dans les galeries souterraines afin de déterminer la position exacte des utilisateurs.
La précision pourrait atteindre quelques mètres seulement.
Mieux encore : ces systèmes seraient capables d’indiquer à quel niveau souterrain se trouve une personne.
De quoi explorer ces labyrinthes sans risquer de s’y perdre.
On dit souvent que le Japon traverse une période économique moins dynamique qu’autrefois.
Pourtant, lorsqu’il s’agit d’imaginer des infrastructures hors normes, le pays continue de faire preuve d’une créativité presque obsessionnelle.
En vivant aujourd’hui à Hô Chi Minh-Ville, je me surprends parfois à rêver d’un réseau souterrain aussi développé.
Avec l’expansion du métro dans la ville, qui sait ? Peut-être qu’un jour ce rêve deviendra réalité.
ABE KENGO
Traduction : LINALE-WATAY Julika


