Des menus McDonald’s jetés sans avoir été consommé

Hamburgers intacts, frites encore chaudes, boissons à peine ouvertes — abandonnés dans les rues japonaises.

Ce ne sont pas des restes de repas.
Ce sont des produits achetés… puis directement jetés.

Depuis quelque temps, ces scènes se multiplient au Japon, et l’on évoque l’implication de revendeurs chinois. Que se passe-t-il exactement ?

 

L’objet du désir : une carte Pokémon

Tout commence avec le « Happy Set » — l’équivalent japonais du menu enfant — proposé par McDonald’s Japan.
À l’occasion d’une campagne promotionnelle limitée, une carte Pokémon était offerte en supplément.

Problème : ces cartes, disponibles uniquement via ce menu, sont perçues comme potentiellement rares et revendables à prix d’or.
Certains acheteurs ont donc décidé d’en acquérir en masse afin de les revendre plus cher.

Mais pour que la revente fonctionne, il faut créer la pénurie.
Et pour créer la pénurie, il faut tout acheter.

Des dizaines, parfois des centaines de Happy Sets sont ainsi achetés d’un coup.
Ce qui intéresse ces acheteurs, ce n’est pas la nourriture, mais seulement la carte.
Le reste finit à la poubelle.

Pas dans les restaurants, où le personnel pourrait s’en apercevoir.
Dans la rue.
Des sacs entiers abandonnés, que chats errants et corbeaux éventrent, répandant les déchets et salissant les quartiers.

Une fracture culturelle

Au Japon, avant de manger, nous disons « itadakimasu ».
Ce mot exprime la gratitude envers toutes les formes de vie qui ont permis le repas.
Le gaspillage alimentaire y suscite un profond malaise.

La propreté des espaces publics est également une valeur fondamentale.
Et l’idée d’acheter massivement un produit pour le monopoliser et le revendre plus cher heurte un sens profondément ancré de l’équité.

Ces trois principes — respect de la nourriture, propreté collective, rejet de la spéculation agressive — ne sont visiblement pas perçus avec la même intensité par les Chinois.
D’où leur incompréhension de la colère des Japonais.

« J’ai payé, donc je fais ce que je veux. »

Cette logique, acceptable ailleurs, passe mal au Japon.

Une opération loin d’être rationnelle ?

Ironie de l’histoire : McDonald’s Japan a annoncé avoir préparé 3 000 000 de cartes.
Le Happy Set coûte 510 yens.
Acheter seulement la moitié du stock représenterait environ 765 000 000 yens — plus de 5 millions de dollars.

Pour un objet qui, en réalité, n’a rien d’exceptionnellement rare.

 

Dépenser des sommes considérables pour stimuler l’économie japonaise… tout en suscitant l’hostilité d’une partie de la population.

Je ne dois sans doute pas être le seul à me demander ce qu’ils sont en train de faire…
Les différences culturelles sont importantes, certes, mais ne pourrait-on pas vivre — ou se comporter — avec un peu plus de bon sens ?

 

ABE KENGO

Traduction : LINALE-WATAYA Julika

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