Que font les Japonais pour le Nouvel An ? Regards croisés entre passé et présent
À l’approche de la fin d’année, les esprits se tournent peu à peu vers les célébrations du Nouvel An, souvent réservées à la soirée du 31 décembre et à ses retrouvailles festives.
Mais qu’en est-il du Nouvel An au Japon ? Observons-en les pratiques à travers le prisme du présent et du passé.
Au passage, vous découvrirez pourquoi le Japon a abandonné le calendrier lunaire : une raison pour le moins inattendue… une affaire d’argent.
Le Nouvel An aujourd’hui
De nos jours, le Japon célèbre le Nouvel An selon le calendrier grégorien.
Le travail s’achève généralement autour du 28 décembre. Ce jour-là, les entreprises procèdent à un grand nettoyage — le ōsōji — afin de préparer des bureaux impeccables pour la nouvelle année. Dans les foyers, on s’affaire également : préparation des mets traditionnels, les osechi (repas froid que l’on déguste le 1er janvier), et nettoyage en profondeur de la maison.
Le 31 décembre se déroule dans une atmosphère paisible, en famille, autour d’un dîner pris de bonne heure. La soirée se prolonge ensuite devant les programmes spéciaux de fin d’année à la télévision.
Lorsque la faim se fait à nouveau sentir, il est d’usage de déguster des nouilles soba : ce sont les toshikoshi soba, littéralement « les soba pour passer l’année ». Leur forme fine et allongée symboliserait le souhait d’une vie longue, même si elle demeure modeste.
Pourquoi des soba plutôt que des udon ? Parce qu’ils sont réputés porter bonheur.
On raconte que les artisans travaillant l’or utilisaient des boulettes de soba pour recueillir les minuscules fragments de métal précieux dispersés — une pratique qui aurait contribué à leur conférer cette aura de bon augure.
Le 1er janvier est, en principe, consacré au repos à domicile.
Aujourd’hui toutefois, de nombreux restaurants et commerces restent ouverts, ce qui rend ces journées moins contraignantes qu’autrefois.
Le 3 janvier marque un moment très attendu : les hatsu-uri, ou premières soldes de l’année.
On y trouve notamment les célèbres fukubukuro, ces « sacs de fortune » dont le contenu demeure inconnu à l’achat, mais dont la valeur excède en principe le prix payé. Un succès considérable.
Les enfants, quant à eux, reçoivent leurs étrennes — les otoshidama —, faisant de cette période peut-être l’une des plus réjouissantes de l’année.
Toutefois, prudence : certains commerçants y glissent des invendus…
Même les boutiques de la Apple proposent leurs propres sacs surprises. Et les objets superflus finissent souvent revendus en ligne.
Le Nouvel An à l’époque d’Edo
À l’époque des samouraïs, durant la période d’Edo, la manière de célébrer le Nouvel An n’était pas fondamentalement différente — si ce n’est que l’on suivait alors le calendrier lunaire.
Autre distinction majeure : pendant les trois premiers jours de l’année, les commerces, y compris les établissements de restauration, restaient fermés. Les osechi revêtaient donc aussi une fonction pratique, celle d’aliments de conservation.
Les sorties ne reprenaient qu’à partir du 4 janvier.
Avant cette date, rares étaient ceux qui s’aventuraient dehors.
Pourquoi le Japon a-t-il abandonné le calendrier lunaire ?
Le passage au calendrier grégorien eut lieu en 1872, sous l’ère Meiji.
La raison ? Pour le moins pragmatique : éviter de verser certains salaires de fonctionnaires.
À cette époque, le gouvernement japonais, engagé dans une politique de modernisation et de renforcement militaire, faisait face à d’importantes contraintes financières. Or, l’année 1872 comportait treize mois selon le calendrier lunaire — impliquant donc treize versements de salaire.
L’occasion était trop belle.
Pourquoi ne pas avancer la réforme ?
La décision fut prise rapidement : le changement de calendrier fut annoncé le 9 novembre, et la date passa directement au 3 décembre de la même année. Une transition pour le moins brutale.
Résultat : deux mois de salaire économisés pour l’État. Une situation peu enviable pour les fonctionnaires concernés. Et pourtant, aucune révolte majeure n’éclata.
N’est-ce pas là, au fond, un trait remarquable du Japon ?
ABE KENGO
Traduction : LINALE-WATAYA Julika
