Honneur… ou déshonneur ? Ces Japonais qui collectionnent les prix Ig Nobel

Connaissez-vous le Ig Nobel Prize ?
À la différence du prestigieux Prix Nobel, qui récompense des avancées scientifiques majeures, l’Ig Nobel distingue des recherches qui « font d’abord rire, puis réfléchir ». Des travaux menés avec le plus grand sérieux… sur des sujets qui laissent parfois perplexe.

Et dans cette catégorie, les Japonais brillent particulièrement.

Peindre des zèbres sur des vaches

La recherche primée cette année ?
« Si l’on peint des rayures de zèbre sur des vaches, les insectes les piquent moins. »

Avant même de juger le résultat, on aimerait comprendre d’où vient l’idée.
Ce travail a été mené par Tomoki Kojima, chercheur à l’Institut national des sciences et technologies agroalimentaires du Japon.

Les éleveurs bovins sont confrontés aux mouches et autres insectes hématophages, vecteurs de maladies et sources de stress pour les animaux. Kojima et son équipe ont donc… peint des rayures noires et blanches sur des vaches à l’aide d’un spray.
Résultat : les insectes étaient nettement moins nombreux sur les bêtes ainsi décorées.

Peindre des vaches au spray.
Il fallait oser.

Respirer… par le derrière

L’année précédente, un autre chercheur japonais avait été récompensé pour une étude tout aussi improbable : peut-on respirer par l’anus ?
Avec le plus grand sérieux, l’équipe a introduit un liquide enrichi en oxygène dans le rectum d’animaux afin d’évaluer la possibilité d’une respiration alternative.
Conclusion : les porcs peuvent absorber de l’oxygène de cette manière.

Faut-il qualifier cela de génial… ou d’absurde ?
Sans doute les deux. En tout cas, l’esprit Ig Nobel dans toute sa splendeur.

Une longue tradition d’absurde appliqué

Les exemples japonais ne manquent pas :
– un traducteur électronique chien-humain ;
– l’entraînement de pigeons capables de distinguer des tableaux de Pablo Picasso et de Claude Monet ;
– un spray permettant de détecter l’infidélité en le vaporisant sur les sous-vêtements du mari ;
– l’extraction d’arôme de vanille à partir de bouse de vache ;
– l’étude des raisons pour lesquelles on glisse sur une peau de banane ;
– ou encore l’analyse de la voix des crocodiles après inhalation d’hélium.

Et fait remarquable : cela fait 19 années consécutives que des Japonais sont récompensés.

Un prix… très symbolique

Que reçoit-on en remportant l’Ig Nobel ?
Un diplôme, un trophée au design décalé… et une dotation de 10 000 000 000 000 dollars.

Mais attention : il ne s’agit pas de dollars américains.
La somme est libellée en dollars zimbabwéens, une monnaie frappée par une hyperinflation historique et aujourd’hui abandonnée.
Ces billets à la valeur astronomique ne valent en réalité que quelques dollars américains sur le marché des collectionneurs — entre 5 et 10 USD.
Un souvenir, rien de plus.

Le sérieux dans l’absurde

Pour décrocher un Ig Nobel, il ne suffit pas d’avoir une idée farfelue. Il faut la traiter avec une rigueur scientifique irréprochable. Les lauréats sont des chercheurs d’universités ou d’entreprises qui ne cherchent nullement à faire rire. Ils poursuivent leurs travaux avec sincérité — et c’est précisément cette sincérité appliquée à l’absurde qui déclenche l’hilarité.

À l’échelle mondiale, le Japon et le Royaume-Uni figurent parmi les pays les plus primés.

Peut-être y a-t-il là une part de « japonité » : la capacité à se consacrer corps et âme à une tâche, même lorsqu’elle semble déraisonnable.

Et vous, comment résumeriez-vous ce trait de caractère en un seul mot ?

ABE KENGO

Traduction : LINALE-WATAYA Julika

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