Quand les efforts des agriculteurs transforment un compliment… en insulte
Bonjour à tous ceux qui apprennent le japonais.
Il s’agit probablement d’un mot que l’on n’enseigne pas à l’école, mais connaissez-vous l’expression :
« daikon ashi » (大根脚) ?
Littéralement, cela signifie « jambes de radis blanc ». Aujourd’hui, l’expression est principalement utilisée comme une remarque peu flatteuse adressée aux femmes, dans le sens de « jambes épaisses comme un radis ».
Oui, c’est une expression assez impolie, alors mieux vaut éviter de l’utiliser.
Petite parenthèse au passage : en japonais, le mot ashi (« jambe/pied ») peut s’écrire avec deux caractères différents.
- 足 : correspond plutôt à « pied »
- 脚 : correspond plutôt à « jambe »
Autant en profiter pour retenir cette nuance.
Certains d’entre vous connaissent peut-être déjà cette expression. Mais saviez-vous qu’autrefois, elle était en réalité un compliment ?
À l’époque, daikon ashi signifiait :
« des jambes blanches, fines et élégantes »
Alors comment cette expression a-t-elle fini par désigner des jambes épaisses ?
La réponse, paraît-il, est liée au travail des agriculteurs.
Autrefois, les radis japonais étaient beaucoup plus fins qu’aujourd’hui.
Au fil du temps, grâce à un long travail de sélection et d’amélioration des variétés, ils sont devenus plus gros, plus charnus et plus doux au goût.
Les daikons japonais sont particulièrement réputés pour leur taille, leur épaisseur et leur saveur légèrement sucrée.
Tout cela est le fruit des efforts des agriculteurs.
À partir de quand daikon ashi est-il alors devenu une insulte ?
L’expression aurait commencé à être employée dans son sens péjoratif durant l’époque d’Époque d’Edo, à l’ère des samouraïs.
Ce qui est surprenant, c’est que cela signifie que les Japonais travaillaient déjà à l’amélioration des variétés bien avant cette époque.
Aujourd’hui, plus personne n’imagine qu’une « jambe-radis » puisse être un compliment ; mieux vaut donc éviter de l’utiliser.
Puisque nous parlons de radis, partageons encore quelques petites anecdotes.
Si l’on considère la partie feuillue comme le haut du radis :
- la partie supérieure contient davantage d’eau et est plus sucrée ;
- la partie centrale offre un bon équilibre ;
- la partie inférieure contient moins d’eau et présente une saveur plus piquante.
La différence est assez marquée, au point qu’utiliser la mauvaise partie pour une recette peut réellement changer le résultat.
La partie supérieure est délicieuse consommée crue, dans une salade par exemple.
La partie centrale, plus équilibrée, convient parfaitement aux plats mijotés ou aux « steaks » de daikon.
La partie inférieure, plus fibreuse et plus relevée, est idéale râpée afin d’accompagner un poisson grillé et profiter de son goût légèrement piquant.
Au fait, les feuilles aussi se mangent très bien.
Elles peuvent être préparées en pickles, ou sautées avec de petits poissons.
Et encore une chose :
Beaucoup de personnes jettent la peau du daikon, mais elle aussi peut être délicieuse.
Découpée en fines lamelles puis sautée dans de l’huile de sésame — ou même avec de la sauce aux huîtres — elle est excellente.
Le daikon est un légume dont presque aucune partie ne se perd.
Alors l’utiliser comme une insulte ? Certainement pas !
ABE KENGO
Traduction : LINALE-WATAYA Julika
