Les samouraïs quittent ce monde en laissant un poème

A quoi pensaient les samouraïs japonais au moment de leur mort ?
On peut le découvrir à travers les jisei no ku, les poèmes d’adieu.
Les samouraïs se remémoraient leur vie et composaient un poème à la japonaise avant d’accueillir la mort.
À travers les poèmes qu’ils ont laissés, cherchons à comprendre leur état d’esprit.

Toyotomi Hideyoshi

Issu d’une famille de paysans pauvres, il parvint à unifier le Japon — un parcours aussi rare qu’exceptionnel.
On peut sans doute le considérer comme l’un des samouraïs les plus accomplis de l’histoire japonaise.
Voici le poème d’adieu qu’il laissa :

Telle la rosée qui tombe,
telle la rosée qui s’évanouit,
ainsi est mon corps.
Même ce qui fut Naniwa
n’est qu’un rêve au sein du rêve.

Il exprime ici l’idée que, malgré des exploits réalisés à une vitesse fulgurante, sa vie n’aura été qu’aussi éphémère que la rosée, visible seulement quelques instants au petit matin.

Oda Nobunaga

Avant Hideyoshi, Nobunaga était sur le point d’unifier le Japon, mais il fut assassiné à la suite de la trahison de l’un de ses vassaux.
Son poème d’adieu est d’une extrême simplicité :

Cela ne pouvait être autrement.

En japonais moderne, cela signifie « on n’y peut rien ».
Même si mourir ainsi, trahi après être allé si loin, devait laisser une sentiment profondément lamer, cette acceptation sans détour est peut-être ce qui fait toute sa force de son caractère.

Uesugi Kenshin

Redoutable guerrier mais aussi homme de grande droiture morale, il demeure une figure très admirée.
Voici son poème d’adieu :

Que l’avenir soit paradis ou enfer,
l’aube se lève :
dans le cœur de la lune de l’aube,
pas un seul nuage ne subsiste.

Cela signifie : on ne sait pas si l’au-delà sera le paradis ou l’enfer, mais mon cœur est aussi limpide que le ciel sans nuages devant la lune.
Une sérénité totale, celle de quelqu’un qui n’a plus rien à regretter. Impressionnant.

Ces samouraïs ont tous consacré leur vie à la lutte pour l’unification du Japon.
Sans s’accrocher à la vie elle-même, ils se demandaient non pas comment vivre, mais ce qu’ils accompliraient avant de mourir.
Parce qu’ils vivaient en ayant constamment conscience de la mort et en donnant tout ce qu’ils avaient, ils ont pu laisser des paroles aussi paisibles.

On y voit clairement la conception japonaise de la vie et de la mort.

À l’inverse, le poème d’adieu du célèbre moine bouddhiste Ikkyū, réputé pour sa sagesse, est d’une simplicité désarmante :

Je ne veux pas mourir.

C’est sans doute le sentiment le plus naturel, le plus sincère.

Mais même au seuil de la mort, laisser une belle phrase, un dernier panache poétique — voilà ce qui définit le samouraï.
Et vous, au dernier instant, sauriez-vous garder cette élégance ?

ABE KENGO

Traduction : LINALE-WATAYA Julika

 

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