Samouraïs et yakuzas : un point commun lié au jingi

On a souvent l’image du samouraï comme défenseur de la justice et de la yakuza comme une organisation malfaisante. Mais saviez-vous qu’à l’origine, ils partageaient des points communs ?

Voici une présentation des similitudes entre les samouraïs et les yakuzas.

Tout d’abord, je précise qu’il ne s’agit pas du Japon actuel, mais de l’époque tardive des samouraïs.

On dit que tous les Japonais naissent avec le Yamato-damashii (l’âme japonaise).
Lorsque les guerriers suivent cette âme, cela devient le bushidō, la voie juste du samouraï. Pour les gens du peuple, l’équivalent du bushidō était ce que l’on appelle le ninkyōdō.
Le ninkyō désigne les yakuzas d’autrefois. La voie et la direction que ces personnes devaient suivre étaient appelées ninkyōdō.

Le ninkyōdō repose sur la croyance de respecter le jingi, d’aider les faibles et de vaincre les forts. Certains appellent la yakuza japonaise la « Japanese Mafia », mais la yakuza d’autrefois était fondamentalement différente des mafias étrangères dans sa manière de penser.

Mais qu’est-ce que ce jingi dont il est question ici ? Il s’agit de la combinaison de deux notions : jin et gi. « Jin » signifie aimer au sens large les êtres humains et les choses.
Cela implique de ne pas considérer autrui comme un ennemi sans raison, et de le traiter avec respect, même s’il s’agit d’une personne en dehors de son cercle proche. « Gi » signifie la justice, c’est-à-dire suivre le chemin juste en tant qu’être humain.

Pour préserver ce jingi, il n’était pas permis de vivre uniquement pour son intérêt personnel.
Les yakuzas d’autrefois, que l’on appelait ninkyō, vivaient certes à la lisière de la loi. Or, malgré leur position hors des cadres établis, leur fidélité au jingi leur assurait la considération du peuple.

Dans un Japon où l’on parlait déjà du hitsuyō-aku, ce « mal nécessaire » né des carences du pouvoir, le ninkyō s’imposa comme une force de substitution, destinée à combler les lacunes de la loi, avant d’évoluer vers la yakuza.

À titre d’anecdote, le nom « yakuza » trouverait son origine dans le nombre 893 (dont les chiffres, par un jeu de lectures détournées des kanji japonais, se lisent ya–ku–za).
Cela provient d’un jeu japonais ressemblant au baccarat, appelé oichokabu : on additionne deux cartes ou plus, et celui dont le chiffre des unités est le plus proche de 9 gagne.

Si la première carte est un 8 et la seconde un 9, la somme atteint 17, soit 7 : une main particulièrement favorable. À ce stade, il serait raisonnable de s’arrêter là.
Mais, si par désir d’aller encore plus loin, nous tirons une troisième carte, et qu’il s’agit d’un 3, le total passe alors à 20, soit 0 — la plus mauvaise main possible.

« Voilà notre destin », dira-t-on : une existence où l’excès d’ambition transforme la réussite en échec. C’est à cette image que le nom aurait été emprunté.

Mais tout cela appartient au passé.
Tout comme les samouraïs ont disparu, le véritable ninkyō, les yakuzas d’autrefois, ont, eux aussi disparu du Japon.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Pensez-vous que le passé était meilleur ? Ou préférez-vous le Japon d’aujourd’hui, où les institutions politiques et juridiques se sont progressivement structurées ?

ABE KENGO

Traduction : LINALE-WATAYA Julika

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