L’Université des Arts de Tokyo : sont-ils des génies… ou des monstres ?

Dans les universités d’art, il y a toujours quelques excentriques. Mais ici, on dépasse de très loin les frontières du raisonnable.
Professeurs comme étudiants semblent animés d’une même fièvre singulière.
Seront-ils ceux qui bouleverseront l’art japonais ?

Cette université, c’est l’Université des Arts de Tokyo.
Dans sa faculté la plus convoitée, le taux de sélection atteint un vertigineux rapport de 1 admis pour 30 candidats. Un passage étroit, presque initiatique.

Voici, pour commencer, un exemple de sujet d’examen proposé dans le passé :

« À l’aide d’un crayon, d’une gomme et d’une feuille de papier, faites ce que vous voulez. »

Voilà l’intégralité de la consigne.
Comment répondriez-vous ?

Un candidat admis aurait taillé son crayon en poussière, déposé la poudre sur la feuille, puis pressé son visage contre elle — soumettant ensuite l’empreinte obtenue comme autoportrait.
Les examinateurs ne manquent pas d’audace… mais les candidats non plus.

L’université est divisée en deux pôles : musique et beaux-arts, séparés par une simple route.
Du côté de la musique, l’élégance demeure classique.
Du côté des arts plastiques, c’est le chaos.

Crêtes iroquoises, vêtements improbables dont on se demande où ils ont bien pu être trouvés… tout cela semble ordinaire. On raconte qu’une étudiante se promenait le visage dissimulé derrière un soutien-gorge, les mamelons cachés par des autocollants en forme de cœur. Impossible de montrer cela en photo.
Et pourtant, nous sommes bien au Japon.

Juste à côté du campus se trouve le vaste Zoo d’Ueno. On murmure qu’un étudiant aurait conservé dans le réfrigérateur de l’école la dépouille d’un manchot provenant du zoo. Nul ne sait comment il s’en était procuré le corps. L’incident aurait, dit-on, gravement détérioré les relations entre l’université et l’établissement voisin.

Le président de l’université lui-même aurait déclaré :

« Cette université existe pour faire naître un génie tous les quelques années. »

Autrement dit, l’immense majorité ne serait que le terreau destiné à permettre l’éclosion d’un seul prodige.
La folie ne résiderait donc pas uniquement chez les étudiants.

Autre singularité : le taux d’insertion professionnelle, extrêmement faible.
Les entreprises seraient pourtant désireuses de recruter ces jeunes artistes au niveau technique impressionnant. Mais les étudiants, eux, ne souhaitent tout simplement pas travailler en entreprise.

Le taux d’emploi avoisine les 20 %. Et encore, seuls environ 20 % des étudiants cherchent réellement un poste.
Ailleurs, lorsqu’un diplômé décroche un emploi, on le félicite chaleureusement. Ici, on lui glisse presque avec mélancolie : « Ah… alors tu vas travailler. »
On dit même que la moitié des diplômés disparaissent après leurs études. Partis à la poursuite de leur art, quelque part.

Un étudiant aurait recouvert une salle de classe de terre et planté du gazon, au nom de l’art. Il fallut trois jours pour tout retirer.

Les dortoirs, où se retrouvent ces esprits indomptés, seraient encore plus chaotiques : certains dorment sur des lits de feuilles mortes, d’autres mènent une existence qui frôle celle des sans-abri.

Et pourtant, intégrer cette université relève souvent d’un combat de longue haleine : huit, neuf années de tentatives ne sont pas rares. Les âges y sont donc étonnamment variés.

Bien loin de l’image disciplinée et uniforme que l’on se fait souvent du Japon, cette université tient du mythe.
Une fois par an, elle ouvre ses portes au public pour son festival. Les visiteurs peuvent y acheter des œuvres réalisées par les étudiants. Qui sait ? Certaines pourraient valoir une fortune un jour.

Le génie et la folie ne sont séparés que par une feuille de papier.
Voici le portrait d’une université à la fois fascinante… et inquiétante.

ABE KENGO

Traduction : LINALE-WATAYA Julika

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