Des sous-vêtements en location ? À Edo, rien n’était vraiment à soi

Pendant les 260 dernières années où les samouraïs gouvernèrent le Japon, une période appelée l’époque d’Edo, la capitale se trouvait dans la ville d’Edo, correspondant aujourd’hui à la partie orientale de Tokyo.

Les habitants y vivaient sans épargner : l’argent gagné était dépensé le jour même.
Ils menaient une existence sans patrimoine.
Il se dit même que jusqu’aux sous-vêtements étaient loués.

Pourquoi les gens de cette époque vivaient-ils ainsi ?
Et ce système de location pourrait-il fonctionner de nos jours ?
Voyons cela de plus près.

 

Edo, la plus grande concentration urbaine du monde

Vers 1720, la population d’Edo aurait dépassé le million d’habitants. Elle aurait alors été plus importante que celle de Londres ou de Paris.

Edo était une ville extrêmement dense, composée presque exclusivement de bâtiments en bois. Lorsqu’un incendie se déclarait, le feu se propageait rapidement d’une maison à l’autre, provoquant de véritables catastrophes. C’est pourquoi un mode de vie avec peu de biens matériels s’était imposé : un incendie, et tout disparaissait.

L’argent obéissait à la même logique : on réglait au jour le jour, et nombre d’habitants laissaient filer, dès le soir venu, ce qu’ils avaient gagné la journée.

Edo présentait une autre singularité : un profond déséquilibre entre les sexes. La ville concentrant l’essentiel des opportunités de travail, nombre d’hommes affluaient des provinces dans l’espoir d’y gagner leur vie. On comptait alors environ 5 femmes pour 9 hommes, un écart qui laissait peu de place aux unions. Beaucoup, contraints au célibat, finissaient par renoncer au mariage, et n’avaient dès lors ni raison ni perspective d’accumuler biens ou économies.

La location de livres, une pratique courante

La situation différait quelque peu de l’Europe, mais au Japon, l’impression par gravure sur bois était largement répandue. On sculptait des planches de bois plates pour créer des matrices, puis on imprimait sur du papier. La majorité des célèbres estampes ukiyo-e étaient réalisées de cette manière. Les livres ainsi produits n’étaient généralement pas achetés, mais loués. Encore une fois, à cause du risque constant d’incendie.

 

Vêtements et sous-vêtements en location

À l’époque, les gens portaient des kimonos. Beaucoup d’entre eux étaient également loués. Il ne s’agissait pas seulement de vêtements coûteux pour des occasions spéciales.
Même les kimonos du quotidien étaient loués, portés quelques jours, puis rendus pour en louer de nouveaux. Cela évitait la corvée du lavage, ce qui était très pratique pour les célibataires.

La location s’étendait même aux sous-vêtements. Les hommes japonais portaient alors un sous-vêtement appelé fundoshi, une longue bande de tissu enroulée autour de la taille. Là encore, il était loué : porté quelques jours, puis rendu sans être lavé.

Le coût de la location représentait environ un tiers du prix d’achat d’un article neuf. D’un point de vue financier, ce n’était pas forcément avantageux, mais à une époque sans lave-linge, on imagine à quel point cela devait être pratique pour les hommes seuls.

Les loueurs lavaient les articles en grande quantité avant de les remettre en circulation. Après trois locations, le coût d’achat était amorti. Comme la durée de vie d’un fundoshi était bien plus longue, l’activité était plutôt rentable.

 

De nos jours, de nombreux services de location existent, mais peu concernent des objets d’usage aussi quotidien. En réexaminant nos modes de vie actuels, n’y aurait-il pas ici une opportunité pour un nouveau business ?

 

ABE KENGO

Traduction : LINALE-WATAYA Julika

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